Pascal Louvrier Hors format

MICHEL DELPECH

14 avril 2016 | © Pascal Louvrier et Michel Delpech

La biographie mise à jour

J’ai longtemps espéré ma rencontre avec Michel Delpech. Parfois, j’ai même cru que cet espoir deviendrait réalité. D’abord, fin 2012, par l’intermédiaire de son épouse, Geneviève : « Bastien. Merci pour votre message. Je m’empresse d’en parler à Michel ». Plus rapide, la maladie avait été diagnostiquée peu de temps après. L’été 2014, l’artiste était en rémission. Quelques échanges avec son attachée de presse : « Michel ne va pas très bien en ce moment, revenez vers moi en septembre ». Et puis, le cancer l’a rattrapé. Quand j’ai compris que je ne pourrais plus lui parler, j’ai eu envie d’en parler. Avec qui ? Très vite, le nom de Pascal Louvrier, son biographe, m’est venu. J’ai aimé Delpech grâce à ses chansons, mais c’est avec ce livre (« Mise à nu » – Éditions du Rocher) que j’ai découvert Michel. Une bio pas classique, merveilleusement écrite et intelligemment structurée, où la rencontre entre deux hommes trouve sa place, en filigrane. Dix ans plus tard, l’ouvrage renaît avec un autre titre (« C’était chouette » – L’Archipel) et des éléments nouveaux. L’occasion pour l’auteur de nous raconter son Delpech, avec émotion, sincérité, et précision.

Pascal Louvrier et Michel Delpech

Pendant l’heure que vous acceptez de m’accorder, nous parlerons de vous et de Michel Delpech, à travers la biographie que vous rééditez, dix ans après sa première parution. Pourquoi avoir choisi de procéder à cette mise à jour ?

Les circonstances, malheureusement. Ce n’est pas seulement une réédition, puisque j’ai également écrit tout ce qui s’était passé pendant les dix ans qui ont suivi, et j’ai réactualisé, aussi, un certain nombre d’éléments. Voilà pourquoi je considère que c’est un nouveau livre. Un nouveau livre avec la perspective, hélas, qui est celle de sa mort. Il faut que les gens disparaissent pour exister. C’est un sujet que nous avions évoqué avec Michel, d’ailleurs. Malheureusement, c’est un peu ce qui se passe. Aujourd’hui, il y a un vrai regain d’intérêt pour le chanteur, bien sûr, mais aussi pour l’homme qu’il était, et qu’on ne connaît pas si bien que ça. C’est aussi pour le faire connaître que j’ai souhaité cette réédition, ou plus exactement ce nouveau livre. Et puis, pendant ces dix ans, rien de novateur n’avait été écrit sur Michel.

Au milieu des années 2000, quand vous commencez à plancher sur le sujet, Delpech est entre deux âges. Il n’est plus, depuis longtemps, l’idole aux pantalons pattes d’éléphants et aux chemises satinées… Et il n’est pas, non plus, redevenu numéro un au top albums (NDLR : il le sera début 2007, avec l’album de duos « Michel Delpech &… »). Je ressens beaucoup de sincérité, et aucune forme d’opportunisme, dans votre démarche initiale. Aujourd’hui, c’est forcément différent...

Je voudrais juste signaler que ce livre ressort, aussi, parce que Michel l’avait beaucoup aimé. Nous avions travaillé ensemble, il l’avait relu, et avait fait quelques très rares corrections, sur des détails. Il m’avait fait confiance, donné une liberté totale. C’est, aussi, dans cette optique que j’ai souhaité que ce livre reparaisse. Et puis, il y des éléments nouveaux, qui sont, je crois, importants. Il n’y a pas d’opportunisme de ma part. Je récuse ce terme.

En tout cas, la démarche était forcément différente. Je tiens à redire que Delpech, quand vous décidez de vous intéresser à lui, est très loin de ce qu’il est redevenu quelques temps plus tard. L’intérêt du grand public et des médias était limité.

Cette démarche était très personnelle. Pendant les dix ans qui ont précédé ma rencontre avec Michel, je n’ai rien écrit. J’ai voyagé, j’ai été vivre ailleurs, mais je n’ai strictement rien écrit. L’envie n’était plus là. L’été 2004, alors que j’étais dans ma voiture, une chanson de Michel est passée à la radio : c’était « Le chasseur ». Là, je me suis dit : « Quand même, Delpech, c’est vraiment bien ! ». Dans cette chanson, il y a un texte, une poésie, quelque chose de très fort. Mon trajet m’emmenait chez une amie, prof de philo, à qui j’ai lancé, en arrivant : « Tu vas te moquer de moi, mais je viens d’entendre une chanson de Michel Delpech, et j’ai trouvé ça vraiment très bien ! ». Je pensais qu’elle aurait un peu de mépris, mais pas du tout. Elle aussi trouvait que c’était très profond. Alors, j’ai écouté, et réécouté très attentivement ses grands succès. J’ai trouvé que les chansons étaient très fortes, et je me suis renseigné sur ce qui avait déjà été écrit sur lui. C’est bien simple, il n’y avait rien. J’estimais que c’était une injustice, et qu’il fallait la réparer. On sortait de l’été, et j’ai eu la chance de rencontrer son manager de l’époque, Bruno Blanckaert, qui est aujourd’hui le directeur du Grand Rex. Il m’a reçu, et m’a dit : « Ecoutez, on a déjà plusieurs propositions de biographies, mais je vais quand même en parler à Michel ». Pendant trois mois, il ne s’est rien passé. Et puis un jour, j’ai reçu un appel, sur mon téléphone fixe… parce qu’à l’époque, je n’avais pas de portable. C’était Michel Delpech. Il voulait me rencontrer. Quelques jours plus tard, il m’a reçu chez lui, à Croissy-sur-Seine. J’ai découvert quelqu’un de charmant, humble, très à l’écoute. Il me dit, sans doute un peu surpris : « Ah ! Vous avez fait une biographie de Philippe Sollers ?! Mais alors, pourquoi vous intéressez-vous à moi ? ». Il y a eu un silence. Puis il a sorti un morceau de papier sur lequel il a écrit quelque chose. Il me l’a tendu, et m’a dit : « Tenez, voici mes deux numéros de téléphone. Je marche ! ». Et c’est parti comme ça…

A cette période, il venait de sortir l’album « Comme vous » (NDLR : initié, composé, et réalisé par Laurent Foulon, dont l’interview est à lire sur ce site).

Exact. C’est un album que j’ai adoré : il n’y a pas une chanson à jeter ! Les textes, comme la musique, son excellents. En particulier, j’adore la chanson qui donne son titre à l’album. En substance, il raconte, en s’adressant aux nouvelles générations, que lui aussi, il a fumé, il a pris de la poudre blanche, etc. Il se met à nu, tout simplement. Et puis, il y a « Jaloux » : un tube ! D’ailleurs, Michel m’avait dit, à propos de cette chanson : « Si je l’avais sortie dans les années soixante-dix, ça aurait fait un succès, immédiatement ! ». En février 2005, j’avais été le voir au Bataclan. Avant ça, je ne l’avais jamais vu sur scène. Jamais. Au-delà de sa voix, intacte, et de sa présence, j’ai découvert un vrai chanteur. Un artiste. Pas un type, avec un col pelle à tarte, et qui chante parfois en playback, comme on le voit sur YouTube. Puis je l’ai rencontré. J’ai alors découvert quelqu’un de très touchant, de très humain…

Avant de revenir sur votre rencontre avec Michel Delpech, j’aimerais évoquer l’actualité plus récente, et plus douloureuse donc. Il y a deux mois, j’ai le sentiment que l’hommage posthume qui lui a été rendu avait la dimension de ceux qui pourraient l’être à Michel Sardou, ou à Alain Souchon : des chanteurs de sa génération qui ont continué à remplir les Zénith, et à vendre, par centaines de milliers, chacun de leurs albums depuis trente ans, ce qui n’était pas le cas de Delpech… Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Il est dans le cœur des gens. Pour ceux qui ont cinquante ou soixante ans, Delpech, c’est leur jeunesse. Ça a fait un choc, c’est certain. Delpech est resté dans leur panthéon personnel, même si le succès n’était plus aussi éclatant. Et puis, il y avait une vraie empathie qui s’était installée, parce que c’était un chic type.

Depuis janvier, son épouse a souvent déclaré que Michel serait très touché de cet l’hommage massif. Malgré tout, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il aurait sans doute le regret de constater que ses albums méconnus, depuis « Cadeau de Noël », n’ont pas été mis en avant…

Il faut les faire redécouvrir, mais ça, c’est le travail des journalistes et de la maison de disques. C’est aussi un peu le mien, lorsqu’on me donne la parole. Parmi ces albums, il y a des petits bijoux. On y retrouve le Delpech chroniqueur de nos vies, un peu à la Claude Sautet, qui capte ces instants dont on ne se rend pas forcément compte, puisqu’on est en train de les vivre. C’est le travail de l’écrivain, et Michel est, à mes yeux, un écrivain à part entière.

Le 8 janvier 2016, vous assistez à ses obsèques, en restant à l’écart de la foule, des proches et des personnalités venus lui rendre un dernier hommage. L’observation et la discrétion, ce sont des traits de personnalité que vous partagez avec Michel Delpech ?

Tout à fait. Je ne suis pas du premier cercle, alors je n’avais pas à être au premier rang. J’avais décidé de commencer la réécriture du livre, ce jour-là, face à sa tombe. Je me suis imprégné de l’atmosphère, du temps qu’il faisait, et de tout un tas de souvenirs qui sont revenus, comme ça, de façon naturelle. La mémoire involontaire s’est mise en mouvement.

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