Hommage. « Mich'Del' » le Brestois

MICHEL DELPECH

8 janvier 2016 | © Michel Delpech, ici avec Fortuné Pellicano, lors de son passage à Radio Paradis, en 1988

Pour un flirt avec lui

Pour un flirt avec lui, Brest n'a peut-être pas fait n'importe quoi mais s'est régulièrement pliée en quatre pour faire venir à elle ce chanteur croulant sous les hommages depuis une semaine et dont les obsèques sont célébrées ce jour à Paris. En dix ans, Michel Delpech est ainsi venu deux fois aux Jeudis du port, en 2003 et 2013, ainsi qu'une fois aux Tréteaux Chantants en 2005. Ses refrains légendaires restent encore aujourd'hui sur les quais, et sans doute bien au-delà.

Milieu des années 70. La France est Loir et Cher. La France des radios grandes ondes reprend dans les R5 qu'on dirait que ça te gêne de marcher dans la boue. Milieu des années 90. Saint-Martin, dans un bar étudiant. À l'heure de la cloche de fin le week-end, le rituel de fermeture est immuable. D'abord « Le Loir et Cher », et puis « Le chasseur ». Avec des grands gestes de bras pour faire les oies sauvages et de sauvages « Où ça ? » pour répondre à l'affirmation « Elles s'en allaient ». Aussi quand les Jeudis du port annoncent, une poignée d'années plus tard, en 2003, que Delpech arrive sur le quai Malbert, tout le monde s'attend à un concert juke-box avec des tubes en pagaille. Ce sera le cas, mais Michel Delpech n'est pas au mieux de sa forme. Il sort d'un cuisant échec commercial d'un disque pour lequel il confie « n'avoir même pas fait de promotion » et les musiciens qui l'accompagnent bougent un peu moins que de vieux bâtons de chaises. L'idole semble fatiguée même si les quais chantent à l'unisson que leurs familles habitent « dans le Finistère » et que bien sûr, ces gens « ne font pas de manières ». Bien sûr.

Retour sur tréteaux

LLe producteur Jacques Guérin se souvient à peine de cette soirée, tout juste d'un manager un peu trop zélé et de musiciens venus courir le cachet. « Je me souviens davantage de son retour aux Tréteaux Chantants, cinq ans plus tard. Je le dis aujourd'hui, mais ça reste peut-être le concert référence. Tout le monde chantait à Penfeld ». Fortuné Pellicano, alors patron d'antenne et qui avait reçu Michel Delpech en 1988 pour une journée spéciale sur Radio Paradis, abonde. « De tous ceux que j'ai vus là-bas pour les Tréteaux, c'est sans doute lui, le meilleur. Tout le monde chantait tout, du début jusqu'à la fin ». Entre les deux dates en Ponant, il est vrai que le crooner populaire ? « Dans le meilleur sens du terme », loueront Jacques Guérin et Fortuné Pellicano ? a fait place nette et a regagné une place enviable au firmament des artistes appréciés. « C'était quelqu'un de vraiment pas compliqué », se rappelle Jacques Guérin : « Après ses premiers jeudis, il avait fait le ménage autour de lui et avait bénéficié d'un album de reprises réussi avec Souchon, Cabrel ou Cali. Il était venu avec un vrai band, super pro qui fonctionnait bien ». Le résultat est bluffant. Peut-être sa voix traduit-elle une certaine érosion, faisant que les envolées des oies sauvages ou que l'ode à Marianne montent un peu moins dans les nues que dans les seventies, décade delpechienne par excellence. Mais il est à nouveau chanteur, sans chemise ouverte sur un médaillon sans doute, mais avec cette noria de tubes reprise parfaitement, dans la vieille Penfeld.

Une dernière tourn'

Encore cinq ans plus tard, dans la tiédeur d'un soir d'été, Michel Delpech vient une dernière fois à Brest. Dix ans après, les quais retrouvent Laurette, l'île de Wight, les divorcés dans leurs moutures incomparables. « C'était la foule des grands soirs devant la grande scène pour l'ouverture des Jeudis », se remet Jacques Guérin, à qui vient aussitôt une deuxième image : « Toutes les générations chantaient. Les ados, les parents, les plus vieux. Tout le monde connaissait les trucs par coeur ». Michel Delpech n'aura plus de rhumatisme qui devient gênant, ni, hélas, 73 ans. Mick Jagger lui survivra mais il restera dans les mémoires ce jour de 1988 où il était venu une journée complète sur Radio Paradis. « On ne réservait cet accueil qu'aux vraies stars », rembobine Fortuné Pellicano. À ceux « qui touchent le public ». Quand ils étaient chanteurs. Et même après.

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